2019–2020 : raison d’être d’entreprise, passerons-nous de l’acte I à l’acte II ?

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2020 : vers l’acte II de la raison d’être d’entreprise !

Depuis l’adoption de la loi PACTE le 22 mai 2019, le mouvement de promotion d’un capitalisme européen alternatif, responsable et contributif tel que pensé par le Ministre de l’Economie français, Bruno Lemaire, n’a cessé de prendre l’ampleur. En septembre 2019, il fixait pour objectif aux entreprises dont l’Etat est actionnaire de se doter d’une « raison d’être » d’ici la fin de l’année 2020, dessinant ainsi une perspective claire pour l’acte II de la raison d’être en France. Cette démarche devrait concerner 88 entreprises publiques. La BPI (Banque Publique d’Investissement) a été enjointe de faire de même, afin que les 90 entreprises bénéficiant de ses financements se dotent à leur tour d’une raison d’être. La nouvelle société anonyme nationale à capitaux publique SNCF qui succède, au 1er janvier 2020, à l’établissement public SNCF Mobilités a adopté dans ses statuts une raison d’être ainsi rédigée

SNCF : « La raison d’être de la société est d’apporter à chacun la liberté de se déplacer facilement en préservant la planète ».

Si l’année 2019 a été l’année des entreprises privées, qui ont été nombreuses à présenter un intérêt pour la raison d’être, l’année 2020 devrait être celle des entreprises publiques… et traduire en actes la raison d’être des nombreuses entreprises privées qui ont d’ores et déjà sauté le pas ! Nous vous proposons une rétrospective de l’année 0 de la raison d’être en passant en revue ces quelques entreprises pionnières qui ont entamé leur (r)évolution en choisissant de passer leurs stratégies futures au filtre d’une raison d’être allant au-delà de la simple maximisation de profit.

2019 : raison d’être, acte I.

DECEMBRE

Stéphane Richard, PDG d’Orange, présente la raison d’être du groupe, afin de la faire valider à la prochaine Assemblée Générale du groupe. Orange a choisi de se définir, « son sens profond et sa contribution à la Société et la planète ». Cette démarche s’est faite pour la première fois dans la co-construction avec l’ensemble des parties prenantes du groupe. Cette annonce est le point d’orgue d’un long travail de mobilisation des équipes et des partenaires du groupe commencé en juin 2019 quand Stéphane Richard annonce sa volonté de définir la raison d’être du groupe via un tweet aux salariés d’Orange. WEMEAN est fier d’avoir accompagné le groupe Orange dans ce travail de co-construction, de concertation et de maïeutique de la raison d’être.

Orange : « Nous sommes l’acteur de confiance qui donne à chacune et à chacun les clés d’un monde numérique responsable ».

NOVEMBRE

Isabelle Kocher annonce qu’une raison d’être co-construite pour Engie sera présentée en Assemblée Générale en 2020.

OCTOBRE 

La Fédération Nationale Banque Populaire a annoncé que depuis janvier 2019, « les Banques Populaires, via leur Fédération, ont initié des travaux de définition de leur raison d’être par une réflexion avec les dirigeants, puis au sein des Conseils d’administration des 14 Banques Populaires, complétée par les avis d’un groupe d’amis critiques de plus de 450 personnes, composé de sociétaires, de clients, d’administrateurs, de collaborateurs, de partenaires et de fournisseurs ». 

Banque Populaire « Résolument coopérative et innovante, Banque Populaire accompagne dans une relation durable et de proximité tous ceux qui vivent et entreprennent dans chaque territoire ».

La fédération a voulu par cette raison d’être dite « ombrelle », que « les banques du réseau Banque Populaire puissent décliner cette expression selon leurs spécificités régionales ou affinitaires. Cette raison d’être sera également le point de départ pour définir des axes de contribution sociétale communs au réseau qui seront assortis d’indicateurs ».

SEPTEMBRE

Axa adopte sa raison d’être après une année de consultation interne. L’entreprise a voulu répondre à une double promesse : « faire notre métier, de manière responsable », et établir un « cap pour le long terme ».  Axa a réellement voulu questionner son rôle dans la société.

Axa : « Protéger et agir pour un futur serein »

« Chez AXA France, deux piliers nous structurent : notre métier et nos engagements. La raison d’être, c’est la jonction entre ces deux aspects de notre ADN. Créer du lien, du sens et de la fierté autour de notre raison d’être, c’est dans cette direction que nous allons continuer à avancer »

Eric Lemaire, Directeur Communication, Marque et Responsabilité d’Entreprise d’AXA France

« Maintenant que notre raison d’être est clairement formalisée et identifiée, nous allons la faire vivre. Elle va être déclinée dans toutes nos activités et tous nos engagements. Nous devons l’incarner au quotidien ! »

Jacques de Peretti, Président directeur général d’AXA France

La raison d’être s’inclut dans le prolongement de la stratégie du Groupe AXA : « From Payer to Partner ». L’entreprise met en avant une volonté de se positionner comme un partenaire pour l’ensemble de ses clients autour de trois grands axes de sa politique de responsabilité sociale (RSE) :

  • Protéger le plus grand nombre pour réduire les risques
  • Agir contre le changement climatique
  • Favoriser l’inclusion de tous et toutes dans la société

JUIN

Carrefour présente sa raison d’être et Alexandre Bompard, son PDG, la fait voter aux statuts en Assemblée Générale. Carrefour a également choisi de devenir une entreprise à mission. Comme le permet la loi PACTE, une entreprise peut intégrer à ses statuts des objectifs sociaux et environnementaux auxquels elle consacrera des moyens et un suivi spécifique.

Carrefour : « Notre mission est de proposer à nos clients des services, des produits et une alimentation de qualité et accessibles à tous à travers l’ensemble des canaux de distribution. Grâce à la compétence de nos collaborateurs, à une démarche responsable et pluriculturelle, à notre ancrage dans les territoires et à notre capacité d’adaptation aux modes de production et de consommation, nous avons pour ambition d’être leader de la transition alimentaire pour tous. »

Dans le même temps, la MAIF rend publique sa volonté de devenir la première entreprise à mission française et entreprend alors le travail de définition de sa raison d’être. Dominique Mahé la présente alors comme le prolongement et l’approfondissement de l’engagement historique du groupe.

La MAIF : « Convaincus que seule une attention sincère portée à l’autre et au monde permet de garantir un réel mieux commun, nous la plaçons au cœur de chacun de nos engagements et de chacune de nos actions. C’est notre raison d’être. »

Le même mois, le Crédit Agricole présente sa raison d’être. Cette nouvelle définition s’inclue dans son nouveau projet pour le groupe « PMT 2022 » présenté par Dominique Lefebvre, son Président.

Le Crédit Agricole : « Agir chaque jour dans l’intérêt de nos clients et de la société »

Le nouveau Projet de Groupe veut porter une vision à long terme de l’ensemble du Groupe Crédit Agricole. Depuis cent ans, deux moteurs, « l’Utilité et l’Universalité », placent le groupe au dixième rang des banques mondiales. Elle se veut « universelle, complète, diversifiée et solide ». Tournée vers l’avenir, sa raison d’être doit guider sa transformation. Le groupe défend les valeurs de « proximité, de solidarité, de loyauté, de responsabilité, d’intérêt collectif ».

MAI

La loi PACTE est officiellement publiée le 22 mai 2019. L’article 59 transforme les articles 1833 et 1835 du Code Civil introduisant les notions d’intérêt social, de raison d’être et de société à mission. Les entreprises peuvent désormais se référer à un intérêt collectif qui donne sens à l’action de l’ensemble de leurs collaborateurs et parties prenantes. Le label de société dite « à mission » est inspiré des Benefit Corporations nées aux États-Unis, le décret d’application qui lui est relatif est publié au journal officiel le 3 janvier 2020.

AVRIL

Atos adopte sa raison d’être. Thierry Breton son PDG l’a faite voter en assemblée générale des actionnaires afin de l’intégrer aux statuts de l’entreprise.

Atos : « Contribuer à façonner l’espace informationnel »

Défendant la transparence et la protection des données, Thierry Breton a expliqué que les entreprises ne pouvaient plus définir « leur rôle à la seule aune de leur performance financière ». Le PDG d’Atos a tenu à poser la question du principe même de sa société ; agit-elle juridiquement et techniquement pour un avenir « souhaitable » ? Atos a été la première entreprise du CAC40 à entériner sa raison d’être dans ses statuts.

MARS

Veolia adopte sa raison d’être et son PDG Antoine Frérot en a décliné la vision, afin que le groupe se donne pour mission de :

Veolia : « Ressourcer le monde »

Veolia défend qu’aujourd’hui, « les ressources naturelles se raréfient alors que nos besoins augmentent dans un monde de plus en plus peuplé, urbanisé et confronté au changement climatique ». Pour Antoine Frérot PDG du groupe : « À l’heure où beaucoup contestent l’action et l’apport des entreprises à l’ensemble de la société, il me semble nécessaire de rappeler leur utilité, à commencer par celle de Veolia. Notre entreprise est prospère parce qu’elle est utile, et non l’inverse. C’est son utilité qui est à l’origine de son attractivité auprès de ses clients, c’est son utilité qui nourrit l’engagement de ses collaborateurs, c’est son utilité qui fonde la fidélité de ses actionnaires, de ses clients et de ses partenaires. » Veolia entend préparer le futur, « en protégeant l’environnement tout en répondant aux besoins vitaux de l’humanité ».

FEVRIER

Avant même que soit adoptée la loi PACTE, Michelin et son PDG, Jean Dominique Senard, mettent déjà en avant la raison d’être du groupe et comment la construire avec les parties prenantes.

Michelin : « Notre raison d’être est l’acte intentionnel d’aider l’autre à progresser »

« Notre raison d’être reflète ce que nous sommes a Michelin. Oui Michelin est en train de se transformer, mais en même temps Michelin maintient sa mission et ses valeurs fondamentales. Mon message pour chacun d’entre vous est de ne pas avoir peur de ces transformations. Elles nous mèneront vers un avenir brillant ».

Jean-Dominique Senard

Dans son nouveau plan stratégique, le Groupe PSA, porté par Carlos Tavares, a évoqué sa raison d’être dès le début de l’année 2019.

PSA : « Préserver la liberté de mouvement en proposant une mobilité sûre, durable, agréable et accessible au plus grand nombre »

Pour le groupe PSA, « la transition d’un ancien à un nouveau monde est toujours pleine d’opportunités. L’entreprise le décline en sept grandes tendances qui « façonneront l’avenir de la mobilité » : le changement climatique, la divergence des marchés, la connectivité et l’autonomie des produits, la numérisation, les changements de comportement des consommateurs et l’économie du partage.

JANVIER

Le MEDEF se dote d’une raison d’être. Présentée par Geoffroy Roux de Bezieux, son Président, elle a été approuvée à l’unanimité par le conseil exécutif du Medef.

MEDEF : « Agir ensemble pour une croissance responsable »

« Si nous affichons cette ambition, c’est parce que nous pensons que l’entreprise a un rôle majeur à jouer dans les transformations de la société. Elle peut apporter des solutions innovantes et responsables au plus près des réalités sociales, économiques et environnementales ».

Geoffroy Roux de Bezieux

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